Amina Haddad, productrice de cinéma en Algérie : « Ma mission est de participer au dynamisme culturel de notre pays »

Amina Haddad © Hacene Larkem

Femme de communication, Amina Haddad fait ses premiers pas dans le cinéma en Algérie. Epouse de Moussa Haddad, réalisateur du grand classique algérien « Les vacances de l’inspecteur Tahar », elle s’est lancée dans la production, un domaine réservé jusque-là aux hommes. 

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Amina Haddad n’est pas issue d’une école de cinéma. Elle est journaliste de formation. Diplômée de l’Institut du journalisme d’Alger en 1998, elle l’assure pourtant : sa passion « n’est pas la presse. C’est surtout le monde de la communication qui m’attire ». C’est ainsi qu’elle intègre le domaine de la publicité en s’associant à une société de production audiovisuelle peu après ses études. « A l’époque des années 1990, avec le début de la numérisation en Algérie, convaincre les entrepreneurs de l’importance de la communication et de la publicité n’était pas une mission facile », souligne-t-elle.

Elle travaille, ensuite, un temps, dans le domaine de l’édition avant de bénéficier d’une bourse de formation sur la communication numérique attribuée par l’ambassade de France. 

Lors de son retour à Alger, elle rencontre le réalisateur Moussa Haddad (qui deviendra son époux) à l’occasion d’un projet d’écriture de scénario. De ce projet débouche le film « Haragas blues ». Ce long-métrage, co-écrit également avec Lotfi Attar du groupe de musique « Raïna Raï », a suscité l’intérêt auprès des cinéphiles lors du Festival de Cannes où il est présenté dans le cadre de la projection du nouveau film Algérie en 2013.

Par la suite, elle participe, avec Tahar Boutella, à l’écriture du long-métrage « L’envers du miroir » réalisé et produit par Nadia Chérabi. Ce film revient sur des tabous de la société algérienne dont le viol et l’inceste.  

Ces deux expériences marquent l’esprit d’Amina Haddad qui décide, alors, de se lancer dans la production cinématographique à partir de 2010. Aujourd’hui, elle compte trois films à son actif. « C’est une mission très dure de se constituer comme une entité de production de film en Algérie. Malgré toutes les difficultés que nous rencontrons en tant que producteurs, je pense que ma mission est de participer au dynamisme culturel de notre pays. » 

Cette année, elle intervient au festival Cinemed en tant que membre du jury de la compétition du film documentaire. Il s’agit là de sa troisième expérience de membre de jury après celle du festival Bédjaïa Film et du festival du cinéma émigration d’Oujda, où elle a présidé cette année le jury long-métrage. « En tant que productrice de film, j’ai été habituée à craindre les jurys. Maintenant que je suis de l’autre côté de la barre, je savoure cette mutation. J’occupe mon rôle de membre de jury avec beaucoup de sensibilité car je sais combien cela est compliqué de commencer un film, de le produire pour enfin le proposer au public. » 

Bien qu’elle soit productrice de film, Amina Haddad ne veut pas de prendre partie sur l’état du cinéma actuel en Algérie. « Je pense que lorsque nous sommes une partie prenante de ce domaine, il nous est difficile de nous positionner et d’évalue cette production cinématographique. Ce qui reste certain, par contre, est que nous assistons à une période de changements qui, j’espère, sera prometteuse. » 

« Je crois que l’Algérien est un individu qui a constamment besoin de s’exprimer sur des terrains divers et variés. Si on avait cru que, pendant la décennie noire, l’absence de politique culturelle et le manque d’intérêt pour la chose culturelle allaient mener à la disparition du cinéma algérien, ceci est une erreur de débutant. Je reste certaine que, malgré les situations difficiles actuelles, il reste toujours des personnes passionnées qui feront du cinéma en Algérie. Le cinéma est une question de vie ou de mort. L’autre facteur favorisant la relance cinématographique dans le pays est le fait que le film algérien est attendu ailleurs. Ici, au Cinemed à titre d’exemple, nous sommes en France mais l’intérêt du cinéma algérien n’est jamais interrompu ».

H. Larkem & S. Abbas