«  Bla Cinima » de Lamine Ammar-Khodja : quand la salle obscure est boycottée en Algérie

Extrait de « Bla Cinima » de Lamine Ammar-Khodja

A l’occasion du Cinemed, le réalisateur algérien Lamine Ammar-Khodja présente son documentaire « Bla Cinima ». Dans ce long-métrage sorti en 2014, l’auteur a choisi de faire parler les Algérois sur la place du cinéma dans leur pays. Dans un des anciens quartiers d’Alger Centre, à Meissonier, Lamine Ammar-Khodja s’est installé devant l’emblématique salle de cinéma Sierra Maestra, fraîchement rénovée mais totalement désertée. Attentif à ce que lui racontent les habitants du quartier, il se laisse très vite porter par les rencontres improvisées. Très vite, il dresse un bilan : il y a une salle de cinéma à Alger, mais se rendre au cinéma n’est plus une habitude pour les Algérois. D’où l’intitulé de ce long-métrage « Bla Cinima », qui signifie littéralement « Sans cinéma ».

Pendant toute la durée du film, Lamine Ammar-Khodja est tout ouï face aux propos spontanés de ses interviewés. Il se rend compte que le cinéma en Algérie a connu une réelle régression. Des dizaines de salles ont fermé depuis les années 70 dans tout le pays. Il se pose alors la question : pourquoi nous, cinéastes, produisons des œuvres si nous n’avons pas un public qui s’y intéresse.

Pour lui, parler de films est un prétexte. De ces confessions improvisées se devine une réalité algérienne. Dans « Bla Cinima », l’expérience cinématographique s’apparente à une expérience de vie dont les différents protagonistes sont parties prenantes. En évoquant leur rapport au cinéma, les habitants du quartier Meissonier parlent d’eux-mêmes. Rêveurs ou désabusés, ces hommes et femmes de tous âges sont les acteurs via lesquels le réalisateur raconte une partie de la société algérienne.

En plus de dépeindre le portrait sensible et intime d’un quartier d’Alger, « Bla Cinima » est une réflexion sur le 7e art. En s’exprimant sur le cinéma, chaque interviewé dévoile ses rêves, ses ambitions. Le cinéma devient alors révélateur de la vie quotidienne des ces Algérois. Par ailleurs, ce film associe spectateur et acteur. Il brise ainsi la barrière de l’écran pour faire, du cinéma, un art appartenant à chacun.

Diplômé d’un Master en réalisation documentaire à Lussas, dans le sud de la France, Lamine Ammar-Khoudja a réalisé plusieurs courts-métrages avant de signer son premier long-métrage en 2012 intitulé « Demande à ton ombre ». Ce film a reçu le prix du premier film au FID Marseille 2012.

« Bla Cinima » est son second long-métrage. Il a reçu une mention spéciale du jury au festival Entrevues de Belfort en 2014, et a été projeté dans de nombreux festivals internationaux. Avec ce film, nous comprenons une chose : pour renouer avec les habitudes culturelles qui existaient en Algérie pendant les années soixante-dix, et voir le cinéma reprend sa place dans ce pays, le public a besoin de vrais professionnels du 7e art. Cela nécessite des réalisateurs et des scénaristes proches des gens et de leurs réalités. Des experts en mesure de produire des œuvres reflétant la réalité sociale et l’identité culturelle des Algériens. Hélas, aujourd’hui, la majorité des films produits dans ce pays sont des fictions dans lesquelles le public algérien ne se reconnaît pas. Ce qui est un vrai paradoxe !

Aziza Mehdid