Merzak Allouache à propos du cinéma algérien : « Je suis pessimiste dans l’optimisme »

Merzak Allouache lors de sa conférence de presse © Zahra Ferhati

Dans sa 39e édition, le Cinemed consacre une rétrospective au réalisateur Merzak Allouache, symbole de l’apparition du cinéma algérien dans les années 70. 

Merzak Allouache connaît bien les festivals de cinéma. En 1977, il présentait son premier long-métrage de fiction Omar Gatlato au festival de Cannes. Il y racontait, avec subtilité, le quotidien chaotique d’un jeune homme en quête d’amour dans une Algérie libérée du joug colonial. En 1994, le voilà de nouveau sur le tapis rouge de la Croisette, cette fois-ci, avec Bab El-Oued City, présenté dans la section «Un certain regard». Tourné également dans ce quartier populaire d’Alger au lendemain des émeutes de 1988, ce film attirait – déjà – l’attention sur la dérive intégriste. En 1996, c’est au tour de « Salut Cousin ! » d’être sélectionné à la «Quinzaine des réalisateurs».

Au Cinemed, 15 de ses productions sont projetées pendant une semaine.  Une occasion pour le public de (re)découvrir ce grand cinéaste pour qui les quartiers « populeux » et populaires d’Alger sont une source d’inspiration.

Lors du point de presse qui a suivi la projection du film « Omar Gatlato », le réalisateur est revenu sur les conditions de travail des cinéastes algériens dans les années 70. A l’époque, tous étaient des salariés de l’Etat : «Je connais certains qui touchaient leurs salaires sans aucune contrepartie», a-t-il déclaré.

Dans ces temps-là, le cinéma était soumis à la censure. « Le visionnage des films se faisait en présence du ministre de la Culture lui-même, nous explique-t-il. Et, c’est lui qui décidait si on envoyait le film en France pour son développement. Nous étions tributaires des laboratoires français. » Cette pression, au final, a poussé nombre de cinéastes à l’auto-censure.

A cette époque, le cinéma était tout de même « protégé » car les salles et la distribution étaient gérées par l’Etat. A ce moment-là, rien qu’à Alger, nous comptions 122 salles. Or, dans les années 80, l’Etat s’est progressivement désengagé de ce secteur, qui s’est appauvri.

Avec 39 ans de carrière derrière lui, Merzak Allouache regrette qu’il n’y ait pas eu de transmission entre les générations de cinéastes algériens : « Il n’y a pas de jeunes cinéastes d’une vingtaine d’années. La génération actuelle – orpheline – a subi un blocage pendant la décennie noire. Du coup, on se retrouve avec des jeunes réalisateurs de quarante ans. »

Face à ce constat, nous observons tout de même l’émergence de cinéastes algériens, notamment sur Youtube. Nous observons ce phénomène surtout en Kabylie : «Je suis souvent solliciter par des jeunes à regarder leurs expériences cinématographiques sur Youtube» .

A la question du regard qu’il porte sur l’avenir du cinema, l’auteur d’Enquete au paradis est plutôt pessimiste face à la situation actuelle mais optimiste dans la volonté de voir le cinéma algérien renaître vu les potentialités du pays.

Zahra Ferhati