Mariam Khatchvani : trois hommes, un seul destin.

Mariam khatchvani © Fatima Bennia

Dans « Dede » de Mariam khatchvani, les protagonistes sont en proie aux dures traditions de la Géorgie. Ce film en compétition au Cinemed porte un regard critique sur cette société, tiraillée entre modernité et tradition.

Afiche du film « Dede »

Synopsis de « Dede »

Dans la région montagneuse de Svanétie, le bonheur est rare : le code d’honneur très strict sépare parfois les mères de leurs enfants. Une femme. Trois hommes. Dina peut-elle contester les traditions des montagnes reculées du Caucase ? En 1992, David et Gegi reviennent dans le village natal du premier après avoir fait la guerre. Comme Gegi a sauvé la vie de David, celui-ci insiste pour qu’il soit son invité et assiste à son mariage avec Dina. Ce qu’il ne sait pas, c’est que Dina et Gegi se connaissent déjà, et qu’ils ont même été amoureux. Tant et si bien que la jeune fille annonce à sa famille qu’elle ne consent plus au mariage arrangé, ce que son grand-père refuse catégoriquement d’entendre, car se défausser couvrirait leur nom de honte.

 

« Dede » est votre premier long-métrage ?
Effectivement ! A travers ce film, j’ai voulu m’exprimer, j’ai voulu faire un travail sur ma région, là où j’ai grandi. Il faut savoir que mon premier court-métrage, en 2013, « Dinola », était un projet pilote de  « Dede ».

L’intrigue de votre film se déroule en 1992. Mais, il semble qu’il ne reflète pas clairement cette période?
Cette date est particulière. Elle incarne une période durant laquelle la Géorgie était en guerre. Ce n’était pas spécialement mon objectif de monter la guerre. Mon objectif était de faire connaître mon peuple en temps de guerre, de montrer comment chacun a fait face à cette période difficile.

Les rituels ont une place prépondérante dans « Dede ».
Les rituels sont une thématique qui m’intéresse, en particulier la question des esprit. Mes productions se centrent sur cela grâce à mon expérience dans ce petit coin de la Géorgie. Lorsque j’étais enfant, je n’aimais pas ces traditions. Mais, j’ai changé d’avis avec le temps. Aujourd’hui, je trouve que ces traditions sont porteuses d’espoire.

Le conflit entre tradition et modernité est au cœur de ce film.
C’était tout à fait mon objectif. J’ai voulu montrer ce conflit entre tradition et vie moderne. Mais, cela ne veut pas dire que c’est partout le cas aujourd’hui en Géorgie. Avec l’explosion du tourisme, l’état d’esprit a changé dans les grandes villes uniquement. En revanche, dans les zones montagneuses, ces traditions existent toujours. La relief de ces régions est le facteur principal qui fait que ces traditions perdurent.

La nature est très présente dans votre film également ?
La vie dans cette région de la Géorgie est très dure. Nous avons neuf mois d’hiver. Malgré cela, je trouve qu’il s’agit là d’un véritable paradis grâce à ces paysages incroyables qui nous entourent.

La question des esprits est une tradition que l’on trouve aussi dans les rituels musulmans. Qu’en pensez-vous ?
Je ne connais pas les traditions musulmanes spécifiquement. Mais, c’est très intéressant de savoir qu’il y a des liens entres nos traditions chrétiennes et les vôtres. Par le cinéma, les hommes se comprennent mais se trouvent aussi des liens d’appartenance à cet univers humain cosmopolite. « Dede » m’a permis aujourd’hui de me rapprocher de cet univers.

Fatima B.