Volubilis : un film qui tourne à la tragédie grecque

Une scène du film « Volubilis » © Fawzi Bensaidi

Avec « Volubilis », Fawzi Bensaidi signe son 4e long-métrage. A travers le parcours d’Abdelkader et Malika, il met en lumière ces travailleurs pauvres écrasés par la mondialisation. Ce film est en compétition dans la catégorie « Long-métrages » au Cinemed.

Abdelkader est vigile dans un centre commercial à Meknès, au Maroc. Malika est employée de maison. Tous deux viennent de se marier et sont fous amoureux. Malgré des problèmes d’argent, ils rêvent d’avoir leur propre toit. Pour l’heure, ils vivent chez leurs parents, et ne peuvent pas s’offrir un moment d’intimité. Un jour, Abdelkader vit un épisode d’une violence inouïe et d’une grande humiliation qui va chambouler leur destin.

Au lendemain de la projection de ce film au Cinemed, le réalisateur Fawzi Bensaidi a été interrogé sur le regard critique qu’il porte sur la situation socio-économique actuelle au Maroc. Avec « Volubilis », « j’ai voulu mettre le doigt sur la plaie, sur cette violence engendrée par l’appauvrissement de la classe ouvrière dans ce pays », a-t-il déclaré

Le réalisateur Fawzi Bensaidi entouré de journalistes © Tahar Kaidi

Fawzi Bensaidi passe par l’intimité interdite à Abdelkader et Malika pour montrer de près les conséquences de cette mondialisation. Mondialisation dont le Maroc n’était pas préparé selon le cinéaste.

Dans un langage poétique, il présente subtilement l’amour de ce jeune couple qui est proscrit tant en public qu’en privé. Peu de signes d’amour entre eux. La seule voix qui retentit dans ce film est celle des plus riches, inconscients du monde qui les entoure. 

Avec « Volubilis », Fawzi Bensaidi lance un appel aux décideurs : « Il faut revoir le partage des richesses, il faut que les riches ouvrent les vannes ». A travers le désarroi de Malika et Abdelkader, le spectateur voit combien la finance a pris le dessus sur l’être humain et l’a déshumanisé.

 

Le choix du titre n’est pas anodin. Volubilis est un site de ruines antiques, en banlieue de Meknès. Une manière pour le réalisateur d’imager le marginalisation de ce couple et de rappeler les ratages de cette société. 

Ce film a été sélectionné cette année lors de plusieurs festivals (La Mostra de Venise, le festival du nouveau cinéma Montréal/Canada, Festival international du film francophone de Namur). Il n’est pas encore sorti en salles.

 Zahra Ferhati – Tahar Kaidi